AccueilActualitésSoigner sans contraindre : l’engagement de la Dr Émilie Cavaillé pour l’accès aux soins bucco-dentaires des personnes en situation de handicap.
Soigner sans contraindre : l’engagement de la Dr Émilie Cavaillé pour l’accès aux soins bucco-dentaires des personnes en situation de handicap.
Chirurgienne-dentiste omnipraticienne salariée aux Mutuelles de France, la Dr Émilie Cavaillé est engagée en faveur de l’accès aux soins bucco-dentaires pour toutes et tous. Elle exerce au centre de santé dentaire de Savigneux pour les soins réalisés hors anesthésie générale, et à l’hôpital pour les patient·es nécessitant une prise en charge sous anesthésie générale, dans le cadre du Réseau Santé Bucco-Dentaire Handicap Rhône-Alpes (RSBDH).
À travers son expérience clinique, son engagement associatif (au sein de l’association HSBD42) et son investissement dans la formation continue, elle défend une conviction forte : toute personne en situation de handicap a le droit d’être reçue, orientée et soignée, dans des conditions respectueuses et adaptées.

La prise en charge bucco-dentaire du handicap : une définition large et inclusive.
La prise en charge bucco-dentaire du handicap concerne toute personne qui ressent un handicap par rapport aux soins dentaires. Cela inclut les personnes phobiques, les jeunes enfants, les personnes vivant avec des troubles psychiatriques, les personnes âgées dépendantes et, dans la majorité des cas, des personnes présentant un handicap sévère.
L’enjeu principal est d’identifier ce qui fait obstacle au soin, afin de mettre en place des techniques adaptées. Ces réponses peuvent être multiples : sédation, prise en charge psycho-comportementale, adaptation de la communication ou encore amélioration de l’accessibilité des lieux de soins, avec une attention particulière portée à l’accès PMR.
Identifier les freins à l’accès aux soins bucco-dentaires.
Des obstacles personnels souvent invisibles.
Les freins peuvent être liés à l’anxiété, à des difficultés de communication ou à l’impossibilité d’exprimer la douleur, comme chez certaines personnes autistes. D’autres facteurs entrent en jeu : troubles psychomoteurs, troubles de la déglutition, hypersensibilité sensorielle ou encore un vécu antérieur difficile avec les soins bucco-dentaires.
Le rôle déterminant de l’entourage.
L’entourage, qu’il soit familial ou professionnel en institution, peut également constituer un frein lorsque la sensibilisation ou la formation à l’hygiène bucco-dentaire est insuffisante.
Des limites aussi du côté des professionnel·les.
Les chirurgien·nes-dentistes ne sont pas suffisamment formé·es à ces prises en charge spécifiques. Des a priori négatifs persistent parfois, notamment la peur de mouvements involontaires chez certain·es patient·es. À cela s’ajoutent des contraintes économiques, des enjeux de rentabilité, ainsi que des besoins logistiques particuliers, comme l’accès ou le transport vers les lieux de soins.
Des freins liés au système de santé.
Le système de santé lui-même peut constituer un obstacle supplémentaire, certaines personnes en situation de handicap ne pouvant pas bénéficier de dispositifs de couverture comme la CMU.
Prendre en compte la douleur et l’anxiété autrement.
La prise en compte de la douleur est centrale dans l’approche défendue par la Dr Cavaillé. L’échelle de Venham est utilisée pour évaluer le niveau d’anxiété, allant d’un état de détente à des situations où les patient·es peuvent être déconnecté·es de la réalité. Cette évaluation aide à adapter les modalités de prise en charge et d’éviter toute situation de contrainte.
Le rôle clé du RSBDH dans le parcours de soins.
Le Réseau Santé Bucco-Dentaire Handicap Rhône-Alpes (RSBDH) joue un rôle essentiel dans l’organisation des soins. Il intervient notamment dans le diagnostic et la prise en charge des soins. Une coordinatrice départementale gère la partie administrative ainsi que l’adressage des patients et prend ensuite contact avec l’hôpital afin d’organiser les rendez-vous de pré-anesthésie et de pré-opération.
L’anesthésie générale est prescrite uniquement lorsqu’il n’est pas possible de réaliser un soin bucco-dentaire dans de bonnes conditions à l’état vigile. Un principe fondamental guide les décisions : ne jamais réaliser de soin sous tension, ni dans l’opposition ni dans la force.
Financé en grande partie par l’ARS, le RSBDH coordonne et soutient ces actions. Il finance notamment l’achat de matériel adapté, dont l’investissement serait trop lourd pour un·e chirurgien·ne-dentiste exerçant seul·e.
Un parcours professionnel tourné vers l’adaptation et la relation de soin.
La Dr Émilie Cavaillé s’est formée en faculté dentaire à Marseille et à Clermont-Ferrand, notamment à la sédation consciente par MEOPA, afin de pouvoir détendre les patient·es en cabinet de ville. Elle a ensuite suivi un DU de réhabilitation fonctionnelle orale adaptée, sédation et anesthésie générale. Elle a complété son parcours par un diplôme universitaire d’hypnose à Saint-Étienne, une formation qui lui permet d’adapter sa posture professionnelle, sa communication interpersonnelle et son accompagnement individuel.
Elle s’est également formée auprès du Dr Gondlach et est engagée au sein de l’association HSBD42, qui œuvre notamment pour la prise en charge des patient·es en situation de handicap, les dépistages, les soins et la formation des professionnel·les de santé et des familles aux enjeux de la santé bucco-dentaire.
Former pour mieux soigner : un enjeu majeur.
Pour la Dr Cavaillé, l’objectif est clair : pouvoir s’adapter au handicap de chaque patient·e et soigner tout le monde, dans une logique de justice sociale, car, comme elle le souligne, « il est inadmissible qu’en France, tout le monde n’ait pas accès à des soins bucco-dentaires de qualité ».
Elle milite pour une meilleure sensibilisation et une formation renforcée des futur·es professionnel·les. Car il existe aujourd’hui un manque de formation standardisée en France pour cadrer ces pratiques. Les équipes hospitalières, les écoles d’infirmier·es et d’aides-soignant·es, ainsi que les équipes des instituts spécialisés sont encore insuffisamment formées aux problématiques de santé buccodentaire.
La création d’un module spécifique « handicap » dans la formation des chirurgien·nes-dentistes est nécessaire. Les obligations de formation continue existent et les formations sont accessibles ; l’enjeu réside davantage dans une implication accrue des professionnel·les sur ces questions d’inclusivité.
La Dr Cavaillé observe toutefois une sensibilité croissante chez les jeunes professionnel·les de santé, tout en saluant l’engagement de nombreux·ses dentistes retraité·es sur ces problématiques.
Prévention, santé orale et reconnaissance institutionnelle.
La prévention constitue un levier essentiel. La santé orale, étroitement liée à l’alimentation et à la qualité de vie, reste sous-estimée dans le champ de la santé globale.
Pour améliorer durablement l’accès aux soins, la Dr Émilie Cavaillé souligne enfin la nécessité d’une meilleure reconnaissance institutionnelle, notamment par une valorisation financière de ce type de spécialisation, afin de soutenir les professionnel·les engagé·es dans ces prises en charge complexes, mais indispensables.





