AccueilActualitésAlimentation, nutrition, climat : la France enfin dotée d’une stratégie nationale.
Alimentation, nutrition, climat : la France enfin dotée d’une stratégie nationale.
Publiée en février, cette stratégie interministérielle pose noir sur blanc ce que les professionnels de santé constatent au quotidien : un système alimentaire en crise, avec un coût humain, sanitaire et environnemental.
Parmi les constats qui interpellent directement les acteurs de la prévention en santé :
- Les maladies chroniques liées à l’alimentation — cancers, diabète, maladies cardiovasculaires, obésité — représentent 80 % des décès prématurés par maladies non transmissibles. Les coûts cachés du système alimentaire français sont estimés à 177,5 milliards d’euros par an.
- L’exposition aux pesticides et perturbateurs endocriniens via l’alimentation est documentée et préoccupante — avec des effets sur la santé humaine, animale et environnementale qui sont souvent diffus, à long terme, et donc systématiquement sous-estimés.
- À l’inverse, l’agriculture biologique démontre des bénéfices mesurables : réduction du risque de plusieurs cancers, meilleur profil nutritionnel, moindre contribution à l’antibiorésistance, et des externalités positives majeures pour les écosystèmes.
Ce que ce rapport dit aussi avec force — et que nous partageons pleinement — c’est que ces enjeux ne peuvent pas reposer sur les épaules des individus seuls.
Les inégalités sociales d’alimentation sont criantes. Les quartiers populaires concentrent davantage d’offres de restauration rapide et moins d’infrastructures favorables à une alimentation saine. La précarité alimentaire touche désormais 16 % des Français. Dans ce contexte, culpabiliser les gens de « mal manger » sans transformer les environnements alimentaires dans lesquels ils évoluent serait non seulement inefficace, mais profondément injuste.
Quel rôle pour les centres de santé ?
En tant qu’acteurs de soins primaires ancrés dans les territoires, nos centres de santé sont en première ligne pour aborder ces questions — pas pour enjoindre à chacun de « mieux se nourrir », mais pour :
– accompagner sans juger, en tenant compte des contraintes réelles (budget, accès, temps, culture alimentaire) ;
– articuler prévention individuelle et plaidoyer collectif ;
– participer aux dynamiques territoriales — Projets Alimentaires Territoriaux, contrats locaux de santé — qui sont précisément les outils identifiés par la SNANC pour agir à l’échelle des territoires ;
– porter une voix professionnelle dans les débats de santé publique sur la qualité de l’offre alimentaire, la régulation du marketing ou l’encadrement des pesticides.
La prévention ne se réduit pas à des conseils nutritionnels en consultation. Elle suppose des politiques publiques courageuses, une offre alimentaire saine accessible à tous, et des environnements qui rendent les choix favorables à la santé plus faciles — pas réservés à ceux qui en ont les moyens.
La SNANC pose les bases. À nous, professionnels de santé et acteurs territoriaux, de nous en emparer. Et aux pouvoirs publics de nous en donner les moyens.
Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 2025-2030 — Gouvernement français, février 2026 : 2602_SNANC 2025_2030
Photo Pavol Stugel





