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Soins dentaires en EHPAD : un dispositif mobile au chevet des résidents.

Publié le 03/05/2026 dans Témoignages

Bilans, formation des soignants, soins au chevet : retour d’expérience de la Fondation Dispensaire Général de Lyon, pour améliorer la santé bucco-dentaire et la qualité de vie en EHPAD.

Françoise Matrat, directrice des activités médicales et dentaires de la Fondation Dispensaire Général de Lyon, tire les enseignements d’un projet pilote lancé en 2021 dans deux établissements partenaires. À l’initiative de la directrice générale de la Fondation — dont l’ADN est l’accès aux soins pour tous, sans discrimination sociale —, et en s’appuyant sur les centres de santé Jean Goulard et Gerland, la Fondation a structuré une réponse en trois volets complémentaires : bilan bucco-dentaire systématique à l’entrée, formation des équipes soignantes aux gestes d’hygiène quotidienne, et soins au chevet grâce à une unité dentaire mobile sur roulettes, du matériel stérilisé et une assise patient ergonomique.

Une première année pour apprendre.

Avant de déployer le dispositif à pleine capacité, une année d’expérimentation a permis d’identifier les contraintes réelles. L’un des deux EHPAD partenaires a dû être suspendu : faute de locaux disponibles et adaptés, la pratique se limitait aux bilans et à quelques soins ponctuels, loin des objectifs fixés. Sur le second établissement, la rotation des praticiens — toute l’équipe assurant les vacations à tour de rôle — a compliqué la continuité des plans de traitement. C’est finalement la mobilisation de deux dentistes fortement impliqués qui a permis de tenir et de faire évoluer le dispositif.

Le vrai tournant est intervenu en 2024-2025, lorsque cet EHPAD a aménagé une salle dédiée et mis à disposition un fauteuil dentaire fixe. Tenter des soins directement au lit s’était révélé insuffisant : la personne âgée ne peut pas maintenir les positions requises, et les conditions de travail du praticien comme le confort du résident s’en trouvaient fortement dégradés. Avec un fauteuil adapté, tout a changé — permettant d’aller jusqu’à la réhabilitation prothétique complète sans déplacer les résidents hors les murs.

Un frein sous-estimé : l’administratif et le profil des familles.

Au-delà de la logistique matérielle, c’est la dimension administrative qui s’est révélée la plus chronophage. Les résidents en EHPAD étant considérés en droit commun — et non comme des hospitalisés —, chaque soin au-delà du bilan nécessite une autorisation des familles et la collecte de tous les justificatifs d’assurance. Or les familles, pensant avoir déjà tout transmis à l’établissement, renvoyaient vers lui ; l’EHPAD, de son côté, considérait que ce n’était pas son rôle. Certaines autorisations ont nécessité une dizaine de relances, avec l’appui du médecin coordonnateur et du médecin traitant.

La situation s’est débloquée grâce à un changement de direction à l’EHPAD : une équipe convaincue du projet, qui a organisé des réunions d’information avec les familles et les soignants, a permis de fluidifier l’ensemble. Cela pointe un critère de sélection souvent négligé : le profil des familles. Intervenir dans un EHPAD où les proches sont peu présents ou peu réactifs constitue un risque opérationnel réel à anticiper dès le montage du projet.

Un modèle économique hybride, à l’équilibre juste.

L’achat du matériel mobile a bénéficié du soutien de la Caisse d’Épargne via un appel à projets. Les bilans, conventionnés, étaient pris en charge par le budget global de l’EHPAD sous forme d’un forfait vacataire d’environ 500 € — les EHPAD sous régime budget global bénéficiant d’un financement ARS dédié à cet usage. Les soins étaient facturés au résident en droit commun. Le bilan financier pointe néanmoins une charge sous-estimée : préparation et transport du matériel stérilisé, suivi des dossiers et facturation représentent un temps hors vacation conséquent, qui rend le dispositif tout juste équilibré économiquement.

Des résultats probants, des limites à connaître.

Les indicateurs cliniques sont encourageants : maîtrise des risques infectieux et douloureux dans 90 % des situations traitées, amélioration de l’hygiène bucco-dentaire constatée par les soignants à chaque passage au fauteuil. Les effets sur la qualité de vie sont également tangibles : des résidents appareillés ont retrouvé une alimentation plus variée, mais aussi une meilleure communication — oser ouvrir la bouche, parler sans appréhension — et, avec elle, moins d’isolement social.

Un écueil inattendu mérite d’être signalé : des résidents édentés depuis de nombreuses années ont refusé ou abandonné leur prothèse une fois confectionnée, incapables de s’y réadapter. Le cerveau, habitué depuis longtemps à fonctionner sans, ne parvient plus à intégrer ce changement — un phénomène à anticiper dans les plans de traitement.

Malgré la rotation du personnel, des sessions de formation bi-annuelles ont suffi à ancrer des pratiques simples et durables. Un point de vigilance demeure cependant : les soignants ont souvent une réticence à s’occuper de la sphère buccale, perçue comme intime. Des formations pratico-pratiques, interactives et très ciblées, ont permis de lever en partie ces blocages — à condition que la cadre de santé relaie ensuite les bonnes pratiques auprès des nouvelles arrivantes.

Six recommandations pour répliquer le dispositif.

Pour toute structure souhaitant s’engager dans cette démarche, Françoise Matrat identifie six points de vigilance :

— Assurer une coordination forte entre le centre de santé et la direction de l’EHPAD, pour sécuriser la logistique, l’administratif et l’adhésion des familles — et choisir un établissement dont les proches sont réactifs et impliqués.

— Prévoir des ressources dédiées à l’accompagnement administratif : autorisations de soins, justificatifs de prise en charge, suivi des dossiers.

— Investir dans un fauteuil dentaire (ou une assise) ergonomique et adapté au contexte de soin : c’est ce qui conditionne la qualité des soins et la complétude des plans de traitement.

— Privilégier une formation pratico-pratique des équipes soignantes, en levant dès le départ la réticence à s’occuper de la sphère buccale.

— Anticiper le temps hors vacation : facturation, coordination et suivi de dossiers représentent une charge non négligeable, souvent invisible dans les modèles économiques initiaux.

— Annoncer clairement les contraintes dès le lancement : la tentation de se focaliser sur la technique (le matériel, les soins) peut faire sous-estimer tout ce qui l’entoure — logistique, administratif, gestion des familles.

Et maintenant ?

La Fondation suit avec intérêt le projet DENTOCARE, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) à but non lucratif qui reprend et pérennise l’expérimentation SBDM-EHPAD, initiée dès juillet 2020 par l’URPS Chirurgiens-Dentistes Auvergne-Rhône-Alpes dans le Puy-de-Dôme. 

En cinq ans, ce véhicule ultra-léger d’intervention a visité 27 établissements et amélioré la santé bucco-dentaire de 1 889 résidents dans ce seul département. Le contrat de reprise a été signé en octobre 2025, et l’objectif pour 2026 est de rayonner sur l’ensemble d’Auvergne-Rhône-Alpes avec trois nouveaux véhicules équipés, avant une extension nationale envisagée à partir de 2027. 

Les centres de santé ont un rôle concret à jouer dans ce déploiement. DENTOCARE fait intervenir des chirurgiens-dentistes libéraux, mais le dispositif nécessite d’être adossé à une structure fixe disposant d’une chaîne de stérilisation internalisée — précisément ce que les centres de santé peuvent apporter. En partageant compétences et ressources, ils peuvent aussi proposer à leurs praticiens des temps partiels mixtes, combinant pratique fixe et mobilité : une formule attractive pour les dentistes souhaitant diversifier leur exercice sans l’abandonner entièrement.

 

Chiffres-clés 

• + 1/3 des personnes âgées dépendantes en EHPAD souffrent de pathologies bucco-dentaires (UFSBD).

• -25 % de recours au dentiste en institution vs domicile (InVS).

• Les +90 ans ont 2x moins de chances d’accéder aux soins bucco-dentaires que les 60 ans.

• 265 000 € investis par l’ARS AURA en 2023 dans ce domaine (14 EHPAD financés).

• Dentistadom : expérimentation nationale active depuis le 1er janvier 2026 (jusqu’en juin 2029).

• La Fondation Dispensaire Général de Lyon : créée en 1818, ~196 000 consultations/an, 5 centres dans l’agglomération lyonnaise.

 

Photo Age Cymru

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