AccueilActualitésRéenchanter les soins : l’expérience participative de Santé Commune.
Réenchanter les soins : l’expérience participative de Santé Commune.
À Vaulx-en-Velin, le centre de santé communautaire Santé Commune a fait le pari de l’art pour interroger, avec ses usagers et ses professionnels de santé, ce que signifie « prendre soin ». Sonia Bencheikh El Fegoun, coordinatrice de la structure depuis 2024, nous raconte comment le projet « Réenchanter les soins » a donné naissance à une création théâtrale entièrement co-construite.

Un centre de santé ancré dans une approche globale et participative.
Créé en 2018 dans le quartier d’Ecoin-Thibaude à Vaulx-en-Velin, Santé Commune accueille environ 1 600 usagers par an. Son équipe pluridisciplinaire — coordinateurs, médecins généralistes, psychologue, art thérapeute, accueillantes médiatrices santé, travailleuse sociale, neurologue, accompagnatrice santé et travail, infirmière — porte un projet de santé centré sur une approche globale de la santé et sur la participation active des usagers.
Le centre part du constat que les inégalités sociales de santé provoquent des ruptures dans les parcours de soin et des non-recours, dus à l’accumulation de difficultés d’ordre économique, social, culturel, juridique et politique. Face à cela, Santé Commune défend une approche qui prend en compte tous les déterminants de santé, notamment sociaux, sans les isoler ni les hiérarchiser, tout en favorisant la mobilisation individuelle et collective des usagers et habitants.
Ateliers autour de l’alimentation, actions dédiées à la santé des femmes, gouvernance associative en auto-gestion, modèle salarié : le centre incarne un fonctionnement collectif et engagé. C’est dans cette dynamique qu’est né « Réenchanter les soins », projet artistique autour du « prendre soin », lancé en 2024 avec le collectif Fléau Social, porté par les metteuses en scène Camille Seitz et Louise Bernard.

Une création théâtrale co-construite par les soignants et les usagers.
Le projet s’est déployé en deux temps, avec le soutien de la Métropole de Lyon, de la Ville de Vaulx-en-Velin, du Théâtre des Célestins, de la Ferme du Vinatier, de la DRAC et de plusieurs partenaires culturels.
Premier temps (2025)
De mai à juillet 2025, trois sessions d’initiation à l’art dramatique ont été proposées aux usagers (à raison d’une session par mois), accompagnées d’une sortie au théâtre pour voir la création « Raconte-moi, raconte-moi ta ville » de Tatiana Frolova et du KnAM Théâtre, donnant un aperçu de ce que peut être une création collaborative avec des amateurs.
Un noyau d’une dizaine de participants s’est constitué, rejoint par deux professionnelles du centre : l’art thérapeute Victoria Toth et la travailleuse sociale (mentionnée dans le document comme coordinatrice et soignante). Le projet a été rejoint par une réalisatrice, Mina Kamali, et un régisseur lumière et vidéo, Louv Barriol.
De septembre à décembre 2025, des ateliers de création ont eu lieu à raison d’une demi-journée par semaine, selon quatre modules :
- Module 1 : Oser et jouer (exercices ludiques pour créer la confiance)
- Module 2 : Affirmer nos voix (partage autour des goûts, chansons et recettes-miracle)
- Module 3 : Se raconter (exploration des routines, paysages, souvenirs, en lien avec les archives municipales grâce à la collaboration de Sabine Brunhes)
- Module 4 : Répéter et perfectionner.
L’ensemble du processus a été filmé, la matière vidéo étant constitutive du projet et servant d’appui pour la création du spectacle.
La pièce issue de ce travail a été présentée publiquement le 16 janvier 2026 à la médiathèque L’Atelier Léonard de Vinci à Vaulx-en-Velin, et le 19 janvier 2026 au Théâtre des Célestins. Les répétitions ont eu lieu dans plusieurs lieux : Santé Commune, la médiathèque Léonard de Vinci, l’École des Arts.
Second temps (2026)
Depuis mars 2026, l’équipe travaille au montage d’un documentaire à partir des images tournées durant la création. Au programme : séances de montage, visites d’écoles de cinéma, projections documentaires.
À partir de septembre 2026, le film sera présenté à Santé Commune, mais aussi à Grrrnd Zero, à l’École des Arts, à la Médiathèque L’Atelier Léonard de Vinci, au cinéma Les Amphis, au Gem Envol et Cie, à la Ferme du Vinatier, et projeté dans des festivals. Il sera aussi mis en ligne sur des plateformes dédiées.

Le « prendre soin » comme fil rouge.
À l’origine du projet : deux amies et artistes, Camille Seitz et Louise Bernard, qui ont partagé leurs histoires d’hôpitaux, de rendez-vous solitaires, d’examens intrusifs. Lorsque l’une d’entre elles a été hospitalisée, elles ont été bouleversées par la solitude qu’impose l’univers hospitalier. Pour elles, sortir de cette solitude passait par le groupe, rejoindre les autres, aller vers une « communauté ». Elles se sont alors orientées vers la santé communautaire, dont l’approche globale répond à la définition de l’OMS qui définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité« .
La création théâtrale tisse des témoignages croisés entre usagers et soignants, sous la forme d’une « fresque sensible et collective, un théâtre de récits discrets et de fragments de vie« . Le groupe a cherché dans les souvenirs de chacun·e, dans les gestes de soin transmis, les conseils que l’on garde, les mots qui réconfortaient enfant, les lieux où l’on se réfugie.
Le « prendre soin » y est exploré à plusieurs niveaux : dans les gestes et les mouvements scéniques ; dans les récits d’expériences personnelles ; dans une réflexion sur le système de santé ; dans l’acte même de jouer, comme démarche d’émancipation et de confiance en soi. Parmi les questions explorées : « Comment puis-je bien aller ? Qu’est-ce qui me soigne ? Est-ce qu’être ensemble me soulage ? Est-ce qu’être isolé me rend malade ? Qu’est-ce qui fait collectif ? Et si la société est malade comment la soigner ? Est-ce que prendre soin des autres nous soigne ?« .
Pour les usagers, le projet a constitué un espace de lien social, générateur de bien-être et d’énergie positive. Pour les professionnels, il a été l’occasion d’expérimenter concrètement la démarche participative et d’exprimer une parole plus personnelle que dans le cadre médical habituel.
Au-delà de la dimension artistique, « Réenchanter les soins » illustre une conviction forte : la relation de soin se construit aussi dans la rencontre, l’écoute et la création partagée. En favorisant une meilleure compréhension mutuelle entre soignants et soignés, cette initiative contribue à retisser du lien et à redonner du sens au « prendre soin en commun ».





