AccueilActualitésRetour d’expérience : comment le centre de santé Royans-Vercors structure ses soins non programmés grâce au FSE+
Retour d’expérience : comment le centre de santé Royans-Vercors structure ses soins non programmés grâce au FSE+
Témoignage de Myriam Ferlin, présidente du centre de santé associatif Royans-Vercors (Isère/Drôme)
Créé en 1982, le centre de santé Royans-Vercors a longtemps fonctionné autour d’une équipe d’infirmières, avant de se doter d’un SSIAD puis de passer, fin 2023, à un fonctionnement polyvalent avec des médecins salariés. Ce virage répond à une tension forte sur l’offre médicale du territoire : en trois ans, trois médecins sont partis à la retraite, laissant près de 4 000 patients et allongeant dangereusement les délais de consultation. Dans ce bassin rural où le premier hôpital de proximité est à 20 km, le centre a mis en place des soins non programmés six jours sur sept, avec un accueil chargé de trier les urgences chaque matin.
Pour répondre aux besoins de la population, le centre a d’abord salarié les médecins libéraux du territoire pour assurer ces soins non programmés, tout en cherchant à attirer des praticiens souhaitant exercer en tant que salariés. Aujourd’hui, huit médecins assurent ces consultations sous statut salarié : six exercent par ailleurs en libéral, un est salarié de l’EHPAD et un est salarié à 100 % dans la structure.
Mais faire fonctionner ce dispositif avait un coût : il fallait financer une fonction d’accueil capable d’absorber le flux et de prioriser les patients. « Il n’y avait plus d’infirmiers, et financièrement c’était la catastrophe », résume Myriam Ferlin, arrivée bénévole à la présidence en juillet 2021 pour sauver une structure en difficulté. C’est via sa fédération, la C3SI, qu’elle découvre le FSE+.
Deux dossiers pour un territoire mieux soigné
Le centre dépose un premier dossier en 2024 pour financer un poste de secrétaire d’accueil. Montant obtenu : 25 000 €. Fort de ce premier retour d’expérience, un second dossier est monté pour faire évoluer ce poste vers un accueil infirmier, mieux à même de juger l’urgence des situations. Ce projet, prévu jusqu’en mai 2027, représente une demande de 72 000 €. Le dossier est déposé mais l’accord n’est pas encore définitif : « on croise les doigts », indique la présidente.
Ce choix est guidé par l’expérience du terrain : lors de la première année, le centre a constaté que des patients qui auraient dû être pris en charge en priorité ne l’avaient pas été, faute d’une évaluation suffisante à l’accueil. « Une infirmière aurait été plus adaptée à l’accueil », souligne Myriam Ferlin, un ajustement rendu possible par le suivi même exigé par le FSE+. La préconsultation infirmière présente un autre intérêt : elle diversifie le travail des infirmiers du centre, ce qui contribue à leur fidélisation.
Un accompagnement humain décisif
Si le dossier administratif a représenté une charge de travail réelle (environ un mois à temps plein pour le premier dépôt, trois semaines pour le second), Myriam Ferlin insiste sur un point : la qualité de l’accompagnement a tout changé. Deux référentes de la Région, Isabelle Hidalgo puis Isabelle Prudhomme, l’ont épaulée tout au long de la démarche. « Sans elles, j’aurais peut-être abandonné », confie-t-elle. Leur exigence a aussi été formatrice : « Elles nous ont vraiment poussés dans nos retranchements pour développer notre argumentaire ».
Parmi les difficultés rencontrées : le FSE+ finance une fonction précise (ici, l’accueil), ce qui oblige à isoler cette activité du reste du parcours patient dans l’argumentaire. Il faut alors démontrer, preuves à l’appui, le temps médical gagné grâce au dispositif. Autre point de vigilance : le financement intervient en remboursement d’une activité déjà engagée, ce qui peut créer une tension de trésorerie, en particulier en cas d’aléas.
Des bénéfices allant au-delà du financement
Au-delà des montants obtenus, Myriam Ferlin souligne un effet structurant : la démarche a imposé au centre un cadrage comptable plus rigoureux, avec une distinction claire des activités validée par le commissaire aux comptes, un gain de professionnalisation pour l’ensemble de l’association.
Son conseil
« Il ne faut pas hésiter ! », affirme-t-elle sans détour. Son centre n’était, selon ses propres mots, « pas tout à fait carré » au moment de se lancer : une structuration parfaite n’est donc pas un prérequis. Un seul bémol : avoir peut-être laissé traîner le montage dans le temps. Si c’était à refaire, elle engagerait la démarche plus tôt, pour réduire le décalage entre le lancement de l’activité et le dépôt du dossier.
FSE, FSE+, de quoi parle-t-on ?
Le FSE (Fonds Social Européen) est l’un des fonds structurels historiques de l’Union européenne, créé pour soutenir l’emploi, la formation professionnelle et l’inclusion sociale des citoyens européens, en particulier ceux les plus exposés à la précarité ou à l’exclusion.
Le FSE+ est sa version actuelle, pour la période 2021-2027 : il regroupe le FSE et plusieurs autres instruments européens (dont le Fonds européen d’aide aux plus démunis) en un fonds unique, avec un périmètre élargi à la santé, aux compétences et à la cohésion sociale.
En pratique, en France, le FSE+ est copiloté par l’État (via les DREETS) et par les Régions, chacun gérant une partie de l’enveloppe à travers des appels à projets thématiques et territorialisés. Il ne finance pas directement des soins, mais des actions et des postes qui favorisent l’accès à l’emploi, à l’autonomie ou, comme dans le cas du centre de santé Royans-Vercors, à des fonctions d’accompagnement et d’organisation des parcours de soins (accueil, coordination, tri des urgences…).
Les dossiers se déposent sur la plateforme nationale Ma démarche FSE+, et chaque porteur de projet est accompagné par un référent régional ou départemental tout au long du montage et du suivi.
Crédit photo de couverture Anthony Camerlo





