AccueilActualitésEn Chablais, une commune montre la voie : le pari réussi d’un centre de santé communal
En Chablais, une commune montre la voie : le pari réussi d’un centre de santé communal
Témoignage d’Olivier Jacquier, maire de Bons-en-Chablais lors du mandat 2020-2026.
Un territoire en croissance, une commune qui anticipe
Bons-en-Chablais, commune de l’agglomération de Thonon-les-Bains, est une ville proche de la frontière suisse en forte croissance démographique. Mais cette vitalité économique masquait une réalité préoccupante : l’équivalent d’un médecin et demi pour 6 500 habitants, une offre insuffisante pour couvrir les besoins courants, a fortiori les urgences. Un projet de maison de santé avait bien été esquissé dès 2015, mais sans dialogue avec les praticiens ni prise en compte de leurs contraintes financières, il n’avait pas abouti.

L’élément déclencheur : une table ronde et une étude décisive
En 2019, Olivier Jacquier, alors conseiller municipal à la mairie de Bons-en-Chablais, participe à une table ronde avec La Fabrique des centres de santé et des élus locaux. « On y est allés en tant que spectateur, et on a découvert les centres de santé. » Dès le début du mandat 2020-2026, une étude est commandée à Jean-Marie Januel, expert conseil auprès du ministère de la Santé, qui confirme la carence en praticiens et pointe un paradoxe : des places vacantes dans les maisons de santé existantes sur le territoire, faute de praticiens libéraux et aucune structure d’accueil pour satisfaire la demande d’exercice en salariat. Le cap est fixé.

Le GRCS AURA : un accompagnement concret, à chaque étape
C’est dans cette phase de démarrage qu’intervient le Groupement Régional des Centres de Santé en Auvergne Rhône-Alpes. « On a besoin d’aller chercher des informations et un appui. Il y a beaucoup de ressources au GRCS », témoigne Olivier Jacquier. L’accompagnement prend plusieurs formes :
- Faisabilité et lancement : les études pilotées par la Fabrique des Centres de Santé donnent le « go » officiel au projet et sécurisent la décision politique.
- Modèle économique : appui sur la mécanique de gestion pour que le centre ne devienne pas un fardeau pour la collectivité. Objectif : 6 ETP pour une participation communale inférieure à 50 000 € par an — « un poids financier faible pour un important service rendu aux habitants ».
- Suivi des indicateurs : journées de formation et webinaires sur les indicateurs et la ROSP, pour mettre en place les bons outils et répondre aux exigences de l’État.
- Structuration de l’équipe : accompagnement sur la composition des équipes — assistantes médicales, médecins, IPA — pour anticiper les enjeux de recrutement.
- Réponses à des situations concrètes : des échanges réguliers sur des problématiques précises, comme celle d’un praticien atteignant la limite réglementaire d’âge.
Les rencontres organisées par le GRCS entre porteurs de projets et gestionnaires de centres ouverts ont également joué un rôle clé. « Un des témoins avait ouvert un tout petit centre dans un tout petit village. Ça montre que c’est possible partout. »
Novembre 2023 : ouverture du premier centre de santé communal de Haute-Savoie
Le centre de Bons-en-Chablais a ouvert ses portes le 15 novembre 2023, avec 3 médecins généralistes et un pédiatre — dont un praticien spécialisé en médecine du sport et de la femme. Aujourd’hui ce sont 2 800 patients déclarés en médecin traitant, plus de 35 000 consultations réalisées, 70 % de patientèle locale. La CPTS du territoire, gérée par des libéraux, a rejoint le centre, signe d’une dynamique collective positive. Les financements ont associé le Département (principal financeur sur le bâtiment), la Région AuRA, l’État et des dispositifs spécifiques comme l’accord national des centres de santé et la subvention Teulade.
Avec le recul, Olivier Jacquier identifie un point d’amélioration : « On serait allés plus vite sur l’accueil des internes et l’offre d’hébergement associée. »
Conseils à un.e maire qui hésite à se lancer
« Ne réinventez pas la roue. Faites commun. »
- À l’échelle communale : si un centre existe à proximité, créer des antennes plutôt qu’une structure concurrente. Mutualiser les coûts, partager les médecins.
- À l’échelle intercommunale : un centre de santé porté par plusieurs communes répartit le poids financier. Les contrats locaux de santé sont des leviers précieux.
- Et surtout : « L’investissement pour la santé, c’est un engagement politique. La population qui en bénéficie devient elle-même une force de plaidoyer pour les centres de santé. »








