AccueilActualitésBiollay, Chambéry : un centre de santé communautaire prend racine.
Biollay, Chambéry : un centre de santé communautaire prend racine.
Entretien avec Aurore Méheux, médecin généraliste et co-fondateurice du Centre de santé communautaire de Biollay
Après quatre années de montage, de doutes, de rencontres et de persévérance, le Centre de santé communautaire de Biollay a ouvert ses portes en septembre 2025 dans un quartier de la politique de la ville à Chambéry. Un projet accompagné par le GRCS dès ses débuts, qui incarne ce que peut être une médecine ancrée dans son territoire — au plus près de ses habitants. Aurore Méheux, médecin généraliste et co-fondateurice, nous raconte le chemin parcouru.
Un quartier, des besoins, une conviction.
Tout commence en 2021, par un constat partagé entre des soignant·es chambérien·nes : la médecine telle qu’elle se pratique ne répond pas vraiment aux besoins de certaines populations. « On voulait sortir d’une approche trop centrée sur les solutions médicamenteuses, pour aller vers quelque chose de plus global », explique Aurore Méheux. Avec une infirmière, Marlène Dumas, elle décide de s’engager dans un projet de centre de santé communautaire — un modèle qu’elle a découvert quelques années plus tôt lors d’un stage au Centre de santé communautaire d’Échirolles : le Village 2 santé. « Ça a été une révélation. Voir qu’on pouvait prendre soin des gens sans discrimination, ailleurs qu’à l’hôpital, en organisant le travail autrement et en partageant les ressources — c’était exactement ce que je cherchais. »
Le quartier de Biollay s’impose rapidement comme territoire d’implantation. Une étude des besoins, conduite dès 2021, confirme ce qui était pressenti : une offre de soins insuffisante, une population fragilisée (personnes seules, familles monoparentales, personnes âgées, personnes allophones), des logements sociaux de petite taille, et des freins multiples à l’accès aux soins — de la fracture numérique à la prise de rendez-vous elle-même, en passant par des enjeux de santé mentale et d’addictions chez les jeunes. Le quartier, passé de Zone d’Intervention Prioritaire à Zone d’Action Complémentaire, cumule les indicateurs de vulnérabilité. « La santé ne peut pas être comprise sans intégrer les déterminants sociaux : le logement, le travail, l’alimentation, la famille. Notre rôle, c’est d’en tenir compte — et surtout de ne pas sur-responsabiliser les individus face à des enjeux qui sont systémiques. »
Quatre ans de montage : une aventure collective.
La première réunion officielle se tient à l’été 2021, à deux : Aurore Méheux et Marlène Dumas. Autour du projet vont se fédérer une dizaine de personnes au fil des années. L’association est créée en juin 2023 — une étape symbolique autant que stratégique. « Avoir un statut officiel, c’est être pris au sérieux. Un tampon, ça change vraiment quelque chose dans les échanges institutionnels. »
S’ensuivent le dépôt du projet de santé auprès de l’ARS au printemps 2024, la constitution du dossier FIR (Fonds d’Intervention Régional), qui permettra de financer des postes pendant le montage ainsi que l’achat de matériel, puis l’épineuse question des locaux. Une subvention régionale, qui devait être portée par un élu, est longtemps restée bloquée. « On a finalement bénéficié de l’action d’une élue qui a permis le déblocage de la subvention. » Les acteurs de la politique de la ville ont joué un rôle décisif pour coordonner les échanges entre la mairie et le bailleur social. France Active a apporté un appui financier complémentaire. En février 2025, un coordinateur est recruté. En septembre 2025, le centre ouvre.
Une étape clé dans cette dernière ligne droite : le recrutement d’un deuxième médecin. « C’est ce qui a contribué à sécuriser le projet. Sans une base suffisante de professionnels de santé, on ne peut pas se lancer sereinement. »
Le GRCS : un compagnon de route depuis le début.
Le contact avec le GRCS s’est établi dès les premières semaines du projet, lors de la journée annuelle du groupement et à travers les échanges entre porteurs de projets. « Le GRCS a été un soutien décisif sur plusieurs volets : l’ingénierie de projet, la réflexion sur les statuts, le montage des dossiers de subvention, la sécurisation financière du lancement. Mais aussi, et c’est précieux, la mise en relation avec des pairs — d’autres centres de santé communautaires comme celui de Santé Commune à Vaulx-en-Velin, le village 2 santé à Echirolle ou le réseau national — et l’accès aux bons interlocuteurs pour répondre à des questions très précises, comme celle d’un assistant médical. »
Aurore Méheux souligne également la dimension politique du rôle du GRCS : « Le groupement fait un vrai travail de plaidoyer. Il est présent dans les commissions régionales pour que les centres de santé puissent accéder à des financements. C’est indispensable, parce que beaucoup d’institutions connaissent encore mal notre modèle. »
Les premiers mois : une montée en charge prometteuse.
Depuis l’ouverture, la dynamique est positive. Le centre compte aujourd’hui 9 salariés en CDI, une personne en CDD deux jours par semaine, une bénévole active et trois co-présidentes qui nous soutiennent. Deux médecins généralistes suivent près de 400 patient·es (actuellement 432) déclaré·es médecin traitant — un chiffre qui continue de progresser avec une file active de plus de 1000 patient·es.
Le fonctionnement est horizontal, avec une logique d’autogestion : « Ce modèle demande un apprentissage spécifique. Il ne suffit pas de mettre tout le monde autour de la table. Il faut construire la confiance, clarifier les responsabilités, apprendre à déléguer. C’est exigeant — mais c’est aussi ce qui donne du sens. »
Les retours des patient·es et des soignant·es sont encourageants. Des personnes en rupture de soins ont pu réintégrer un parcours de santé, à un rythme adapté à leur situation. L’équipe a accompagné certaines situations de manière indirecte sur le logement, illustrant la portée concrète de l’approche communautaire. « Côté soignants, on a le sentiment de faire un travail utile et cohérent. Et la coordination entre collègues réduit vraiment la charge mentale. »
Quelques défis persistent : la coordination initiale avec la CPAM a demandé des ajustements, et l’interprétariat reste sous-financé — seulement 20 heures prises en charge pour toute l’année 2026, alors que les besoins sont bien supérieurs. Le centre travaille actuellement avec l’ARS sur ce volet. Des ateliers de santé participative sont en cours de montage.
Message aux porteurs de projet.
Pour ceux qui hésitent encore à se lancer, Aurore Méheux a un message clair : « Ça vaut vraiment le coup. Mais il faut être humble sur les objectifs, ne pas attendre des résultats immédiats, et accepter que ce type de projet s’inscrit dans le temps long. Sécurisez les locaux, sécurisez l’équipe soignante, et créez une structure officielle le plus tôt possible. Et surtout — n’hésitez pas à solliciter le GRCS. Et n’oubliez pas que les patient.e.s doivent rester au centre du projet ! ».
Rond-Point Santé, le centre de santé communautaire de Biollay est situé dans le quartier de Biollay, à Chambéry (73). Il est adhérent au Groupement Régional des Centres de Santé Auvergne-Rhône-Alpes.
Pour en savoir plus sur l’accompagnement à la création de centres de santé, contactez l’équipe du GRCS.





