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Dérèglement climatique et violences faites aux femmes : quels leviers d’action pour nos structures ?

Publié le 31/07/2026 dans Prévention

Le changement climatique, un multiplicateur de vulnérabilités

Le changement climatique n’est pas directement responsable des violences faites aux femmes. En revanche, il agit comme un « multiplicateur de risques », selon l’expression utilisée par ONU Femmes.

Les épisodes de chaleur extrême, les catastrophes naturelles, les déplacements de population ou encore les difficultés économiques liées aux changements climatiques peuvent accentuer des fragilités déjà existantes :

  • augmentation du stress ;
  • dégradation de la santé mentale ;
  • précarisation économique ;
  • isolement social ;
  • tensions familiales ;
  • réduction de l’accès aux services d’aide et de protection.

Ces facteurs sont reconnus comme des déterminants pouvant favoriser l’apparition ou l’aggravation des violences conjugales et intrafamiliales. Les femmes en situation de précarité, de dépendance économique ou d’isolement sont particulièrement exposées.

 

Ce que montrent les études scientifiques

Depuis plusieurs années, les chercheurs observent une association entre les épisodes de chaleur et certaines formes de violences interpersonnelles.

Une revue de littérature internationale publiée en 2025 dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health conclut qu’une majorité des études disponibles mettent en évidence une corrélation positive entre températures élevées et violences faites aux femmes.

Les mécanismes avancés sont multiples :

  • augmentation de l’irritabilité liée à la chaleur ;
  • perturbation du sommeil ;
  • augmentation du stress psychologique ;
  • consommation accrue d’alcool dans certains contextes ;
  • tensions économiques et sociales renforcées.

Une étude italienne publiée en 2026 par l’Institute of Labor Economics (IZA) a notamment observé une augmentation des violences fondées sur le genre lors des périodes de fortes chaleurs. Les auteurs soulignent l’intérêt de mettre en place des mesures d’adaptation pour limiter ces effets à mesure que les épisodes caniculaires se multiplient.

 

Les catastrophes climatiques augmentent également les risques

Les conséquences des événements climatiques extrêmes dépassent largement les seuls épisodes caniculaires. De nombreuses études internationales montrent qu’après des catastrophes naturelles – inondations, tempêtes, sécheresses ou incendies –, les femmes et les filles peuvent être davantage exposées aux violences conjugales, aux violences sexuelles, à l’exploitation économique ou à certaines formes de traite des êtres humains.

ONU Femmes rappelle que les crises climatiques perturbent souvent les réseaux sociaux et les dispositifs de protection, tout en aggravant les inégalités préexistantes. Dans les contextes de crise, les besoins essentiels (logement, sécurité, accès aux soins, ressources financières) peuvent devenir plus difficiles à satisfaire, augmentant ainsi les situations de vulnérabilité. C’est précisément pour cela que l’anticipation et l’organisation des territoires ont un rôle à jouer, bien avant la crise elle-même.

 

Un enjeu qui concerne aussi la France

La France n’est pas à l’abri de ces phénomènes. Les épisodes caniculaires y deviennent plus fréquents, plus précoces et plus intenses. Comme le constate Météo-France, les vagues de chaleur sont aujourd’hui environ deux fois plus nombreuses qu’au cours des années 1980.

Parallèlement, les violences faites aux femmes demeurent un enjeu majeur de santé publique : selon le ministère de l’Intérieur, plus de 270 000 victimes de violences conjugales ont été enregistrées par les forces de sécurité en 2023, les femmes représentant la très grande majorité des victimes. De nombreux cas demeurent encore non signalés.

Si les travaux français sur le lien entre chaleur et violences restent encore limités, les données internationales invitent à intégrer cette dimension dans les politiques d’adaptation au changement climatique — et nos structures ont une carte à jouer dans cette réflexion.

 

Le rôle des centres de santé : au-delà du repérage

Les centres de santé et les équipes de soins primaires occupent une position privilégiée pour repérer les situations de vulnérabilité. Les épisodes de canicule sont souvent l’occasion de renforcer le contact avec certains publics fragiles : personnes âgées, personnes isolées, femmes en situation de précarité, familles confrontées à des difficultés sociales ou psychologiques.

Le repérage des signaux d’alerte (anxiété, détresse psychologique, épuisement, isolement, situations de violence) reste évidemment essentiel. Mais il ne suffit pas à lui seul : la santé se joue aussi en amont, dans la manière dont les villes et les quartiers sont pensés.

Des leviers concrets pour nos structures

Au-delà de la sensibilisation et du repérage clinique, nos centres de santé ont tout intérêt à s’impliquer directement dans les démarches urbanistiques et territoriales, qui influent directement sur l’exposition à la chaleur, l’isolement social et l’accès aux ressources :

  • participer aux diagnostics territoriaux (plans climat-air-énergie, contrats locaux de santé, diagnostics santé-environnement) pour faire remonter les besoins observés en consultation ;
  • contribuer aux concertations locales d’aménagement (îlots de fraîcheur, végétalisation, logement, mobilités) en apportant un point de vue de santé publique, souvent absent de ces discussions ;
  • faire le lien entre professionnels de santé et acteurs sociaux du territoire (bailleurs, services sociaux, associations, collectivités) pour que les situations de vulnérabilité repérées en cabinet trouvent des relais concrets ;
  • intégrer ces enjeux dans les projets de santé des centres, en tant que déterminant social et environnemental à part entière.

Comme le disent avec justesse les collègues des centres de santé communautaires : la santé est politique, et elle dépasse largement les murs du cabinet médical. S’inscrire dans les démarches urbanistiques et territoriales, c’est agir en amont — pas seulement soigner les conséquences.

 

Sources :

  • ONU Femmes, How Gender Inequality and Climate Change Are Interconnected (2025)
  • ONU Femmes, Climate Change and Violence Against Women and Girls
  • Organisation mondiale de la santé, Climate Change and Health (2023-2025)
  • Santé publique France, dossier Changement climatique et santé
  • Aina, Parisi, Picchio, Burning Rage: How Heat Shapes Gender-Based Violence, IZA Discussion Paper n°18394, 2026
  • Vives-Cases et al., Climate Change and Violence Against Women: A Systematic Review, International Journal of Environmental Research and Public Health, 2025
  • Météo-France, indicateurs climatiques nationaux
  • Ministère de l’Intérieur, chiffres clés des violences conjugales 2023

 Photo Andrey Svistunov

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