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Équi-coaching et médiation animale : un duo innovant pour les futur·e·s professionnel·le·s de santé.

Publié le 03/06/2026 dans Prévention, Témoignages

Médiation animale, équi-coaching… et si le bien-être des étudiants passait aussi par les animaux ? C’est le pari engagé depuis 2022 par le service de santé étudiante (SSE) de l’Université Lyon 1. Chérine Poizat, infirmière et co-responsable de l’équipe mobile du SSE, nous raconte la genèse et le déploiement de ces deux dispositifs innovants.

 

Un service de santé étudiante au cœur des campus lyonnais

Le service de santé étudiante de l’Université Lyon 1 accompagne près de 50 000 étudiant·es, répartis sur trois campus principaux (Lyon Est – Rockefeller, Lyon Ouest et Lyon Sud) et dix-huit sites satellites couvrant toute la région, de Bourg-en-Bresse à Aubenas en passant par Bourgoin-Jallieu. 

L’équipe est pluridisciplinaire : médecins généralistes, psychiatres, psychologues, infirmiers – dont certains formés en sophrologie –, diététicienne, masseur, étudiants relais santé… Un alternant en activité physique adaptée a même récemment rejoint la structure, dans la perspective d’une future maison sport-santé universitaire.

Le public accueilli est majoritairement âgé de 18 à 25 ans, avec des problématiques bien spécifiques. Sur le site de Lyon Sud, dédié aux études de médecine et de maïeutique, Chérine Poizat reçoit des étudiants soumis à une pression particulière : concours nationaux, stages hospitaliers précoces, exigences professionnelles. « Prendre soin de soi, c’est dur à intégrer quand on se forme d’abord à prendre soin des autres », résume-t-elle. La santé mentale est au cœur des préoccupations du service, avec une demande en nette hausse ces dernières années, corrélée à la levée progressive du tabou autour du sujet.

 

La médiation animale : une naissance presque fortuite

L’origine du projet de médiation animale est inattendue. Des étudiant·es de l’INSPE de la Croix-Rousse, apercevant un chat errant sur leur site, ont cru à bonne foi que le SSE l’avait placé là intentionnellement. Leur enthousiasme a révélé une demande réelle. Clara Mengou, infirmière du service, a saisi l’opportunité et initié le dispositif dès 2022, en lien avec une première association – rapidement remplacée par une autre, mieux alignée sur les besoins exprimés : absence d’inscription obligatoire, format souple, animaux variés.

Aujourd’hui, c’est la Ferme d’Humanimaux (contraction de « humains » et « animaux »), basée à Vénissieux, qui intervient. Sa zoothérapeute – professionnelle de formation aide-soignante – se déplace sur les campus avec un véhicule aménagé, transportant chiens, chats, lapins, cochons d’Inde, poules, chèvres et/ou cochons selon les séances. 

La formule : des créneaux de 15 à 20 minutes, par groupes de 5 à 6 étudiant·es, sur le temps de midi, dans une salle de cours reconvertie pour l’occasion. Aucune inscription, aucune contrainte – hormis les règles de sécurité, d’hygiène et de respect nécessaires : chacun·e interagit comme il l’entend – caresser, brosser, jouer, apprendre à se connaître, ou simplement rester là, en silence, en présence des animaux.

Un·e soignant du service est systématiquement présent·e aux côtés de la zoothérapeute. « Des étudiants peuvent ressentir un mal-être ou évoquer un besoin. La présence d’un professionnel de santé, c’est essentiel », explique Chérine Poizat. Ce cadre garantit aussi la cohérence avec les missions du SSE : si une consultation individuelle s’avère nécessaire, le relais est assuré.

Initialement proposé sur les trois campus principaux en rotation, le dispositif s’exporte désormais sur les sites de l’équipe mobile depuis la rentrée 2025.

L’équi-coaching : une initiative personnelle devenue collective

En 2024, Chérine Poizat franchit un cap supplémentaire en proposant l’équi-coaching – une démarche née de sa propre pratique équestre. Après avoir contacté le service de santé étudiante d’Amiens, pionnier en la matière, et avoir sondé les étudiants via un questionnaire (74 intéressé·es sur 114 répondant·es), elle monte un programme de trois séances de trois heures, organisées sur le créneau du vendredi après-midi, au Ranch de Brindas (30 minutes de Lyon), en minibus depuis le campus.

L’équi-coaching se distingue clairement de la médiation animale ; il ne s’agit pas d’équitation, ni d’équithérapie au sens clinique. Le cheval y est un médiateur pour travailler sur soi – confiance, gestion du stress, posture professionnelle. Le dispositif s’adresse à des étudiants·e déjà suivi·es par le SSE, motivé·es pour s’engager dans un travail personnel.

Chaque séance alterne temps théoriques (fonctionnement des émotions, principes de communication non violente, travail sur les valeurs clés pour chacun·e) et temps en présence des chevaux (approche en liberté, exercices avec licol). Entre les séances, un travail personnel est proposé. Chérine Poizat assure également des rendez-vous individuels pour les participant·es qui en ressentent le besoin. Sur neuf participantes, quatre ont ainsi été reçues en entretien. « Parler de soi en groupe, ça peut remuer et faire remonter des choses fortes. », témoigne-t-elle.

Les retours ont été très positifs : sentiment d’avoir acquis des outils concrets, cohésion de groupe (les participantes ont créé un groupe WhatsApp pour continuer à s’entraider), et une seule frustration exprimée : trois séances, c’est trop court. L’équi-coaching n’a pas été reconduit depuis, faute de disponibilité – Chérine Poizat étant mobilisée sur le déploiement de l’équipe mobile –, mais elle espère pouvoir le relancer.

 

Ce que dit la recherche : une thèse pionnière

La médiation animale a fait l’objet d’une thèse de médecine générale, encadrée par Amélie Henry, directrice du SSE de Lyon 1, et Chérine Poizat : THm_2024LYO1M261. Une interne a exploré le vécu des étudiant·es en médecine ayant participé aux ateliers au cours de l’année universitaire 2023-2024, à travers des entretiens semi-dirigés individuels.

Les enseignements sont éloquents : amélioration du moral, émotions agréables, sentiment de liberté, rupture de la routine des révisions, résurgence de souvenirs heureux liés à des animaux de l’enfance. Les étudiants soulignent aussi la dimension sociale du dispositif – rencontres avec d’autres étudiants, lien avec la zoothérapeute perçue comme passionnée et pédagogue, et réassurance apportée par la présence d’un infirmier du SSE. Certain·es ont même indiqué vouloir, à leur tour, proposer ce type d’approche dans leur future pratique professionnelle.

Un bémol notable : les effets restent à court terme. La médiation animale agit comme un soutien ponctuel au bien-être, non comme une solution pérenne. Elle s’inscrit dans une démarche de prévention – particulièrement utile en période d’examens – et non de traitement. C’est la première thèse française portant sur la médiation animale auprès des étudiants en santé : la littérature scientifique sur le sujet étant quasi inexistante dans ce contexte, le travail ouvre un champ de recherche nouveau.

 

Conditions de réussite et transposabilité

Chérine Poizat identifie plusieurs conditions pour que ce type de projet fonctionne dans un centre de santé :

  • Partir des besoins réels : consulter les usager·es en amont (questionnaire, entretiens) pour s’assurer que le projet répond à une demande effective et adapter les modalités pratiques (horaires, format, fréquence).
  • Choisir des partenaires extérieurs avec soin : rencontrer les intervenant·es avant de s’engager, faire une séance d’essai, vérifier l’adéquation entre leur approche et les valeurs du service. Pour la médiation animale comme pour l’équi-coaching, les prestataires retenus avaient une formation de professionnel de santé (aide-soignante, éducatrice spécialisée), ce qui n’est pas un hasard.
  • Garantir la présence d’un soignant : le cadre du centre de santé impose une vigilance sur les effets des dispositifs. Un professionnel doit être en mesure de repérer une situation de fragilité et d’assurer un relais.
  • Anticiper la charge organisationnelle : communication, réservation de salles, logistique d’accueil des animaux… la mise en œuvre demande du temps, même quand les dispositifs paraissent simples.

 

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